Daniel STREBLE

 Daniel Streble montreur de marionnettes

 Daniel Streble par lui même

« Comment ai-je débuté la pratique de Guignol ? Dès l’enfance, avec mes parents, comme mon père Marius, que sa « Mamé » emmenait à trois ans et demi au théâtre Mourguet, alors à son apogée. Moi, à huit ans, je jouais avec lui. Beaucoup plus tard, vers 16/17 ans, encore au lycée Chaponnay, j’ai suivi des cours d’art dramatique avec Suzette Guilllaud, de la Comédie Française, et j’ai appris l’excellence dans la mise en scène, la gestuelle et l’articulation qui font souvent défaut dans les spectacles d’aujourd’hui.

Après le décès d’Ernest Neichthauser, en 1969, mon père a repris le rôle de Guignol au Théâtre Guignol Mourguet. Il a embauché mon épouse Lucette, pour jouer les jeunes premières et moi, en complément, les samedis et dimanches, sous les regards émerveillés et pleins de joie de nos filles, Marie-Hélène et Audrey, qui viendront plus tard représenter à leur tour les personnages à tête de bois aux aventures à la fois émouvantes et comiques.

Nous avons enfin monté notre troupe familiale, « Guignol un gone de Lyon » à la Croix-Rousse, en 1993, dans un local aménagé de la salle de la Ficelle, inauguré en présence de Mick Micheyl, par bail, grâce à l’appui de Gérard Truchet auprès du maire Gabriel Caillet qui ne demandait d’ailleurs que cela.

     Mick Micheyl et Gabriel Caillet

 

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Mon père nous a quittés malheureusement pour toujours, trois ans plus tard.

Montreur de marionnettes !!! Comment en suis-je arrivé là ? Ce fut une entreprise ardue mais pas un labeur. Habiller, peindre, montrer les marionnettes, les faire jouer, pour les enfants comme pour les adultes, rendre heureux le spectateur, le faire rire et rêver en langage lyonnais, gagner des bravos, parfois même des « bis » qui mêlent l’enthousiasme à l’étonnement : c’était une charge, mais pas un travail. Une charge dont on se réjouit quand vient la réussite. Ce fut pour moi comme une transfiguration. Quand j’étais responsable des ressources humaines et même quand j’ai rencontré le succès au théâtre, je n’ai jamais inspiré assez de confiance pour être vraiment reconnu, malgré mon activité et, si j’ose dire, mes facilités. De ce fait, j’ai rencontré au cours de cette deuxième vie, en particulier au théâtre de la Ficelle à la Croix-Rousse, une pléiade de gens merveilleux, que j’ai pu aider et qui m’ont aidé à rester moi-même, tant dans la sphère familiale que dans la ville de Lyon, en France et dans le monde entier : des jeunes avides de conseils basés sur la force de l’observation et des moins jeunes, riches de leur expérience, de leur esprit et de leur savoir-faire. Il me faudrait des heures pour tous les citer.

Comme il me faudrait des heures pour détailler les collections réunies par nos trois générations de passionnés de Guignol. Collections de poupées, de décors, de pièces, de documents anciens remontant parfois aux origines historiques.

C’est par ce partage désintéressé et peut-être par mes qualités, en tous cas par mon engagement, pour la création comme pour la tradition, que je me suis fait un nom.

Un nom, ça vient d’abord par héritage, parfois dans le respect de ses contemporains mais trop souvent après l’enterrement. Je suis heureux d’anticiper cette dernière opportunité avec la reconnaissance de tous les amis de Lyon et de Guignol. » 

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Quelques marionnettes de Guignol Collection

 

La naissance d’une Saga familiale

Lorsque Jean-Paul Tabey, dans son livre « Guignol marionnette lyonnaise » ouvre en 2004 le chapitre de l’histoire des théâtres et des compagnies qui ont exercé leurs talents les années précédentes, la première référence est celle de « La tavelle du Guignol monchatois ». Installée rue Balthazar à Montchat, d’une rare longévité puisqu’elle a fonctionné de 1929 à 1969, toujours animée par Marius Streble (1912-1997). Ce dernier jouera en outre régulièrement au théâtre Guignol Mourguet, quai Saint-Antoine, où il tenait le rôle de Guignol, puis au théâtre de la rue Carrand jusqu’en 1980. Ainsi, le nom de Streble marquera à tout jamais l’univers de Guignol.

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C’est dans le cadre du patronage laïque de Montchat que Marius Streble très jeune eut ses premiers émois devant un castelet, son intérêt s’étant éveillé dès l’âge de 3 ans, lorsque son grand-oncle Alexandre, qui avait joué au passage de l’Argue, lui offrit une petite marionnette de Guignol en bois. Dès lors, il se mit en quête de tout ce qui touchait à son personnage fétiche. Il improvise même des spectacles qui amusent ses parents, rencontre ses premiers marionnettistes et créateurs de pièces, dont Monsieur » Bichonnier (Marius Bichonnier), son neveu, Guy Michel Ferrard, Denis Valentin, marionnettiste et auteur, directeur du nouveau Guignol de Villeurbanne, pour les principaux, avec lesquels il put approfondir sa connaissance de Guignol et perfectionner son jeu.

En 1929, il n’avait alors que dix-sept ans, il saute le pas et crée donc sa propre troupe, exclusivement familiale dans un premier temps, avec son frère Émile, sa sœur Juliette et son mari Auguste Frize. Louise sa mère réalisait les costumes et c’est son père

Dès lors, les rencontres inspirantes, amicales et professionnelles, vont se succéder : André Béard, un Gnafron fidèle, Fernand Oldra, marionnettiste, mais surtout dessinateur et créateur de décors prestigieux, puis, dans les années 1940, Henry Mandy, rédacteur en chef du « Journal de Guignol », auteur prolifique de pièces et de comédies musicales. Enfin après la guerre, Jo Casset, fils de l’épicier du quartier, puis Louis Minot, l’ami fidèle et son collègue de travail : en effet, son art de la manipulation ne cesse de s’affirmer alors que Marius Streble mène parallèlement une brillante carrière aux « Carburateurs Zenith », jusqu’à être au fait des techniques les plus avancées, atteindre le niveau d’ingénieur, et encadrer 23 personnes.

Que ce soit lors des représentations locales, à Lyon et dans les environs, ou lors des déplacements plus lointains qui nécessitaient une organisation à toute épreuve pour pallier surprises et imprévus, chez les Streble on vivait et on pensait marionnettes, ce que l’arrivée de Daniel dans la famille ne démentit pas. Perpétuellement dans les jambes des marionnettistes, il fait réellement son entrée en scène à huit ans dans le « Petit Poucet » dont il joua le rôle et celui de l’un de ses frères, porté par son oncle pour atteindre la scène du castelet. Plus tard il interviendra aussi souvent que les pièces le permettront, même après son mariage avec Lucette qui se joindra volontiers à la petite troupe. 

 
Tel père tel fils

 

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A partir de 1982 Marius Streble passe définitivement la main à son fils. En 1993 Daniel crée son propre théâtre et la troupe se compose de Lucette et Daniel Streble, de Nathalie Debelle-Duplan rejoints par les deux filles du couple, Marie-Hélène et Audrey pour le jeu, mais aussi pour l’écriture des pièces qu’elles créeront ou rajeuniront.

« Il ne s’agit pas » dit Daniel Streble « de rester uniquement dans le répertoire classique et de croire que de ce fait, on est dans le vrai jeu, dans la lignée des Mourguet. Il faut aussi comprendre ce que ce créateur souhaitait faire passer comme message. On peut très bien adapter Guignol au XXIe siècle, le problème n’est pas là, mais il faut que « l’esprit Guignol » soit respecté. »

Amédé Menet 

Coup de chapeau au marionnettiste Daniel Streble

Pour ma part j’ai rencontré Daniel, pour la première fois au tout début des années 1980.

Devinez où ! Eh bien au « Balcon de Guignol » qui venait d’être crée par Pierre Pellissier, au 26 rue de l’Annonciade, un castelet version café-théâtre, où la clientèle assise autour des tables peut consommer à l’entracte. A l’affiche « Folies lyonnaises » une pièce justement écrite et mise en scène par Pierre Pellissier. Daniel interprète Guignol, Pierre, Gnafron. L’un et l’autre incarnent un Guignol et un Gnafron des plus naturels qui soient, tant leurs voix et leurs phrasés s’identifient merveilleusement à nos deux inséparables têtes de bois. Quant à moi, j’assure les seconds rôles avec enthousiasme. En effet, c’est un bonheur pour moi de vivre ces « Folies lyonnaises » aux côtés de Daniel. Sa parfaite manipulation et son interprétation, sans fausse note, me procurent un réel plaisir. Daniel, c’est véritablement Guignol, avec sa verve et son accent lyonnais, chaussé à son bras gauche, comme le veut la tradition, Guignol vit. Pourtant, avec la formation reçue du marionnettiste Guy Michel depuis 1977, je suis à bonne école ! mais je dois bien avouer que Daniel m’épate par sa gestuelle. Ainsi, durant toute la saison 1980-1981, je partage cette aventure théâtrale à ses côtés. Les mois passant, toujours au « Balcon de Guignol », je continue à le côtoyer, à partager épisodiquement la scène de ce castelet avec lui et, au fil des représentations, une complicité certaine s’est installée entre nous. Elle se révèlera constructive par la suite.

Si le soir nous jouons ensemble, la journée nous regagnons nos activités professionnelles respectives. De temps en temps, Daniel nous rejoint lors des conférences données aux Amis de Lyon et de Guignol. Cependant, au tout début des années 1990, il quitte l’entreprise où il travaillait et cherche à se recycler.

Une idée lui trotte derrière la tête depuis quelque temps déjà : ouvrir son propre théâtre de Guignol. Ainsi, à la sortie d’une conférence donnée au palais de la Mutualité, Daniel nous interpelle, Jean-Paul Tabey et moi-même, pour évoquer son projet. Il est à la recherche d’un local susceptible de permettre l’installation d’un castelet et d’accueillir du public. Nous lui promettons de le tenir au courant de nos éventuelles découvertes locatives.

On a beau dire, mais le hasard fait souvent bien les choses. En effet, Gaby Caillet, alors maire de la Croix-Rousse, me contacte et me fait part de son intention d’ouvrir un théâtre Guignol au 1er étage du bâtiment de la salle de La Ficelle. Seul bémol, il souhaite m’en confier les rênes. Cette offre, aussi intéressante soit-elle, demande un investissement personnel auquel je ne peux répondre. Je n’en ai pas le temps, et encore moins les moyens techniques nécessaires comme les marionnettes, les décors, les textes, enfin bref, tout le matériel indispensable au bon fonctionnement d’un théâtre de Guignol.

Or, Daniel possède ce patrimoine : 350 marionnettes, une quantité exceptionnelle de textes, de très nombreux décors, aussi je m’empresse de l’en informer. Enthousiasmé par les lieux, notre futur directeur de théâtre décide de s’y installer. Quelle heureuse initiative que voilà ! Après avoir réalisé l’aménagement de son castelet « Le Théâtre Guignol, un gone de Lyon, Compagnie Daniel Streble » est officiellement inauguré en janvier 1994.

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Marionnettistes lyonnais

Ainsi durant trente années, Daniel animera son théâtre avec une fougue sans égale, présentant chaque saison des pièces inédites destinées aux familles, sans délaisser, il va sans dire, le répertoire traditionnel pour adultes. A ses côtés se sont investies comme marionnettistes : sa fenotte Lucette qui, de surcroît, endossa à merveille son rôle de costumière, ses filles Marie-Hélène et Audrey et la fidèle Nathalie Debelle-Duplan. Si de temps en temps, j’apporte mon concours pour diverses représentations, il trouve surtout une aide des plus précieuses auprès de Daniel Poyet.

Aujourd’hui, qu’il me soit permis de lui souhaiter une longue et paisible retraite, très largement méritée, chaleureusement entouré de tous les siens.

Gérard Truchet 

 

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DANIEL STREBLE

aujourd'hui DANIEL STREBLEDaniel Streble quitte le théâtre de la ficelle : « Guignol doit continuer »

Par Laure Solé
Publié Vendredi 30 août 2024

Photo : ©LS/PetitBulletin

Guignol / La compagnie « Guignol, un gone de Lyon, Cie Daniel Streble » a quitté l'emblématique théâtre de la ficelle (Lyon 4ᵉ) au début de l'été. Mettant un point final à trois générations de dévouement au petit canut arborant un salsifis.

« En 1915, mon grand-oncle Alexandre avait offert une marionnette à mon père, de celles qui ornaient les radiateurs à eau de certaines vieilles voitures », se remémore avec tendresse Daniel Streble, figure emblématique du théâtre Guignol à Lyon.

Ex-comédien et directeur du personnel dans une entreprise lyonnaise, Daniel Streble est né avec des marionnettes dans les mains. Certaines fabriquées par son grand-père, sculpteur sur bois, par son père ou par lui-même. D'autres furent acquises par lui ou par son père, qui fonda d'ailleurs sa compagnie de marionnettes en 1929. Il joua en itinérance ainsi que dans la salle de la Tavelle montchatoise, feu théâtre guignol du 3ᵉ arrondissement de Lyon.

« Avec ma femme, on aidait mon père surtout les week-ends. Dans les années 50, nous sommes allés 21 fois à Roanne pour donner le spectacle de Noël. À chaque fois, mon père écrivait une pièce différente : un conte de Noël, Cendrillon... version Guignol évidemment », détaille Daniel Streble.

Dans les lignées de Guignol

C'est toujours en compagnie de son fils et de sa belle-fille que Marius Streble a « donné la main » chez les plus éminentes familles du théâtre Guignol. Les Mourguet ainsi que les Neichthauser, descendants de Laurent Mourguet créateur de la marionnette Guignol en 1808. Il finit même par jouer Guignol, après la mort d'Ernest Neichthauser en 1969.

« Je suis le dernier à avoir côtoyé tous les anciens », se remémore avec nostalgie Daniel Streble qui soufflera bientôt ses 80 bougies. Il évoque les nombreux moments passés avec Jean-Guy Mourguet, qui dirigea le théâtre municipal du Guignol de Lyon : « C'est lui qui m'a suggéré de repeindre mes marionnettes à l'acrylique. Avant elles étaient peintes à la gouache. Dès qu'un enfant touchait leur visage ça bavait, et il fallait les repeindre, il m'a d'ailleurs aidé à en repeindre quelques-unes ».

300 marionnettes, qui jouèrent, pour la plupart, dans le castelet du théâtre de la ficelle à la Croix-Rousse, installé par Daniel Streble après sa démission, en 1993. Une collection d'une grande rareté, qui encombre désormais les placards de l'appartement du couple, qui a quitté précipitamment ce même théâtre de la ficelle au début de l'été.

300 petits visages, 300 petites histoires

Les décors et autres structures imposantes ont été entreposées dans des boxs, mais les marionnettes sont trop précieuses pour être exposées à des écarts de température. Ce qui permet à Daniel Streble d'en faire profiter à ses invités, ouvrant ses placards comme on ouvre une malle au trésor, débordant d'un nombre inépuisable de marionnettes entièrement fabriquées à la main.

Daniel Streble quitte le théâtre de la ficelle : « Guignol doit continuer »