HENRY BORDIER

Henry Bordier médecin-marionnettiste ou la petite histoire du PIGEONNIER DE GUIGNOL À PARIS  

Par Jean-François Bordier

Henry bordier Né à Cannes le 29 mai 1899, d’un père rentier se déclarant artiste peintre et d’une mère, fille de l’imprimeur graphiste Eudes, Henry Bordier s’est retrouvé ballotté entre Nice et Paris dès l’âge de 2 ans, suite au divorce de ses parents. C’est ainsi qu’à peine âgé de cinq ans, il assiste à Paris aux représentations du Guignol Anatole sur les Champs-Élysées et à Nice aux séances de Guignol du Casino municipal.

 

    A Nice, où son beau-père Prat est chirurgien de réputation internationale et médecin d’Auguste Renoir, il se lie d’amitié avec Pierre et Jean Renoir. La rencontre de Charles   Le Bargy, sociétaire de la   Comédie Française, aura une telle influence sur lui, qu’il envisagera d’embrasser la carrière d’acteur. Projet contrarié, tant par son beau-père Prat qui le destine à la médecine, que par son père René Bordier qui, bien que le délaissant pour prospecter des mines d'or aux Etats Unis ou ailleurs, l’incite à devenir ingénieur-chimiste.

En fin de compte, il décidera de mettre tout le monde d'accord : après avoir obtenu son baccalauréat, il s’engagera en 1917 pour la durée de la guerre. Il en tirera une leçon de vie qui fera de lui un homme recherché pour sa bonté et son empathie au service de son prochain. Après l’Armistice, il doit encore effectuer deux ans de service militaire qui retarderont la reprise de ses études et le feront renoncer au métier d’acteur pour entrer en Physique Chimie à la faculté de Marseille, puis en médecine à Paris l'année suivante.

Mais déjà, il ne rate jamais l’opportunité d’assister à des pièces de théâtre et à des représentations de Guignol. Luchon, où il fera des cures chaque année, depuis son enfance jusqu'à son décès, est un lieu central dans son rapport à Guignol : Le Guignol du parc du Casino reçoit les meilleurs marionnettistes lyonnais : les Frédéric Josserand, Fernand Oldra, qu'il verra jouer dans les années 20. C’est aussi là qu’il connaitra François Bonneaux, directeur du « Guignol Lyonnais du Casino », ainsi que les Fraysse qui l'introduiront dans le milieu parisien de la marionnette lyonnaise, alors représenté 

Henry bordier 2

Pierre et Ernest Neichthauser, Eléonore et Fréderic Josserand Mme Commarmond au piano

 

 «  Les Amis de Guignol à Paris », société fondée le 1er    janvier 1922, où Guignol est tenu par André Hardy et Gnafron par Auguste Dupont, ancien Gnafron du Petit Passage de l'’Argue à Lyon.

Henry bordier 3

 

En 1925, tout en étant externe des hôpitaux, il achète son premier castelet avec un lot  de poupées lyonnaises sculptées par Frédéric Josserand, l’arrière-petit-fils de Laurent Mourguet.

Puis il fréquente assidûment « La Soupente de Guignol » d’André Hardy et, à l’invitation de Paul Jeanne, rejoint « Les Amis de Guignol à Paris ». C’est dans ces deux associations que de grandes amitiés vont se nouer avec Henri-Paul Deyvaux -Gassier, caricaturiste célèbre et cofondateur du Canard Enchaîné, Paul Fraysse, Albert Desmazures et Auguste Dupont.

Les débuts du Pigeonnier de Guignol :

Le 21 décembre 1930, alors qu’il est en dernière année de médecine, il crée son premier théâtre, avec un petit castelet de salon, construit par François Bonneaux, également marionnettiste et fabricant de marionnettes à Lyon. Les poupées, au nombre de vingt, sont toutes de Bonneaux, ainsi que les six décors et les costumes, à l'exception de trois poupées du théâtre Anatole, acquises en souvenir de son enfance.  Il donne sa première représentation avec François Bonneaux, place du Tertre à Montmartre, chez des amis, en jouant devant un public d’enfants « Le Pot de Confiture » et « La Racine d’Amérique ».

Il forme sa première troupe avec son frère Marcel, Lucien et Ninette Deutsch lé, la fille de Pétrus Raphard, du théâtre des Tuileries. Se joindront à eux, peu à peu, des artistes qui vivront ensuite toute l'aventure du Pigeonnier de Guignol : François Bonneaux, Raoul Darblay, du théâtre de la Porte Saint-Martin, Mademoiselle Delhomme de la « Soupente de Guignol » Robert Cartelli, marionnettiste professionnel au casino d’Évian, cachetonneur à Paris le reste du temps, ventriloque et prestidigitateur de surcroit. Henry Bordier donnera plus tard à cette première expérience le nom de "PIPIGEONNIER". Les marionnettes sont déjà au nombre de 60 sculptées par Josserand, Bonneaux, Vandenesse, Anatole, Quilivic ou Gaille. Le 6 avril 1931, rue Marié Davy, dans l’appartement d'étudiant qu’il partage avec son demi-frère Pierre Paul Prat, il donne en représentation « La Racine d’Amérique », « Un Commerce Dangereux », « Le Portrait de l’Oncle », « Les Trois Souhaits », puis en août « La Sainte Catherine », « Le Marchand de veaux » et « La Brouille ». Les marionnettes Bonneaux sont vendues à Robert Cartelli, qui créé son « théâtre Polichinelle ». Le 5 novembre 1931, il achète seize marionnettes à un nommé Jean Vay.

- Les Amis de Guignol à Paris

 En 1932, Henri Bordier, établit son domicile et son cabinet de médecin à Asnières. Tout en exerçant sa profession à l’hôpital et à son domicile, il pénètre de plus en plus le milieu de la marionnette, à Paris, à « La Soupente de Guignol » d'André Hardy et aux « Amis de Guignol » à Lyon où il fait la connaissance des frères Neichthauser. Cette même année il obtient une sorte de brevet d'admission dans le milieu professionnel du Guignol Lyonnais, en  étant invité à jouer le rôle de Guignol, dans « Lohengrin », pièce en 5 tableaux de Jean Pierre Fine, directeur du Guignol de Vichy. Le 29 avril 1932, il tient le rôle de Guignol dans Faust joué par « La Soupente de Guignol » à l'Institut Hongrois. En juin, à la Maison de Hongrie, il est encore Guignol dans une parodie d’Albert Chanay : « Les Cloches de Corneville » où Pierre Neichthauser est Gnafron et 1931 Hélène Neichthauser Épinette. 

Jouer Guignol aux côtés de Neichthauser a probablement été une forme de consécration, peu habituelle dans ce petit monde fermé qui n’aime guère les amateurs.

A son domicile, il donne régulièrement des spectacles, mais c’est à La « Soupente de Guignol » qu’il pratique le plus avant de fonder le 5 novembre 1934, l’association « Le Pigeonnier de Guignol à Paris » dont il sera président avec pour secrétaire général Lucien Deutschlé, le gendre de Pétrus Raphard, historique directeur du Guignol du Jardin des Tuileries, repris par son fils, Francis Raphard, lui-même membre fondateur du Pigeonnier.

Les premières représentations du Pigeonnier sont données le 16 avril 1935, au Petit Théâtre d'Essai des « Compagnons de la Marionnette » de Marcel Temporal, 22 rue La Quintinie, avec « Le Propriétaire Surpris », « Les Frères Coq » de Laurent Mourguet, « La Redingote », version Gaston Baty. Le succès est tel que deux autres représentations seront données les 7 et 20 mai. Puis des séances dans un café plutôt glauque font migrer Le Pigeonnier au Caveau Camille Desmoulins, qui deviendra plus tard le cabaret Milord l'Arsouille, 5 rue du Beaujolais au Palais Royal. D'emblée c'est un succès auprès d’un public constitué d’amis, de représentants du monde artistique et de la marionnette. Les principaux marionnettistes parisiens : Paul Jeanne, Robert Cartelli Marcel Temporal, le doyen Labelle, Bellesi, les Raphard et les Deutschlé, rejoignent Le Pigeonnier, à l’exception notable des Thiessard-Desarthis qui prennent ombrage de cette initiative d'un amateur médecin.

 

En effet, fort du succès de ce club d’amateurs avertis, Henry Bordier est élu en 1936 secrétaire adjoint puis, en 1937, secrétaire général de la  Fédération Nationale des Théâtres de Marionnettes, avec l’appui de Justin Godart, grand promoteur de la marionnette et de Guignol en  particulier, vieux routard radical socialiste en politique, maintes fois ministre, député, sénateur et maire de Lyon, auréolé de son refus de confier les destinées de la France au maréchal Pétain et de son fort engagement dans la Résistance. Les réunions et séances s'enchainent au Caveau Camille Desmoulins et les amis, artistes et marionnettistes gonflent le nombre d'adhérents HP Gassier et Gaston Baty, directeur du théâtre Montparnasse, fondateur en 1927 du « Cartel » théâtral avec Louis Jouvet, Charles Dullin et Georges Pitoëff, adhèrent tous deux au Pigeonnier en 1936 et deviennent des amis proches. En 1937 Henry Bordier organise avec Marcel Temporal et sous l’égide de Gaston Baty, la présence des marionnettes françaises à l’Exposition Internationale de juillet à novembre. Au théâtre Montparnasse, du 19 au 24 octobre, après des répétitions laborieuses sous la direction exigeante de Gaston Baty, on joue plusieurs pièces du répertoire : « Chantera, Chantera pas », « Le Duel » et « Les Deux Bouchons ». Les manipulateurs sont Gaston Baty qui créera des « Marionnettes à la Française », Henry Bordier, Paul Fraysse, professionnel de renom, ancien directeur du Guignol du Passage de l’Argue et alors directeur du Guignol du square Saint Lambert, « le Splendid Guignol », Ninette Deutsch lé, et Pierre Abraham, comédien, écrivain, journaliste à « Ce Soir » et manipulateur du théâtre de marionnettes de Gaston Baty. Lors de cette exposition, Henry Bordier, sous le pseudonyme de « docteur X » est interviewé par le quotidien du soir (Yves Bonnat, dimanche 24 octobre 1937) qui publie un article sous le titre « Guignol de Lyon à l’Exposition ». Cette dernière et l’action de Marcel Temporal donneront l'occasion de connaître les marionnettistes d'Europe et des États Unis, avec lesquels seront tissés des liens qui perdureront longtemps.

A l'été 1937, le tenancier du Caveau Camille Desmoulins ne voulant pas faire les travaux nécessaires à l'installation d'un castelet plus grand et les sociétaires se plaignant de la mauvaise qualité des consommations, le Pigeonnier est contraint de cesser son activité, faute de salle. 

Depuis la création du Pigeonnier et malgré son succès évident auprès du public, des marionnettistes et de personnalités de la trempe de Gaston Baty, Henry Bordier doit faire face à l’opposition virulente de certains professionnels parisiens, menés par Lucien Thiessard, qui anime avec son fils Robert,qui deviendra Desarthis, deux théâtres de marionnettes, dont celui, tout nouveau, du jardin du Luxembourg, obtenu du Sénat à la suite d’un concours.

Le sujet récurrent et toujours actuel est « que viennent faire des amateurs dans un domaine qui doit être réservé à des professionnels ? ». Pourtant au Pigeonnier, on a vu que les plus grands professionnels jouent volontiers aux côtés des amateurs, ceux de Lyon et de Paris et qu’ils parviennent à présenter devant des dizaines d'adultes le répertoire classique lyonnais et les parodies que, sans Le Pigeonnier, ils n'auraient peut-être jamais joués en dehors de Lyon. Or, Les Thiessard-Desarthis se veulent l'image exclusive de la marionnette à Paris. Ce sont de grands professionnels reconnus qui se croient fondés à penser que rien ne peut s’y faire sans eux. Lucien Thiessard, dans de savoureux courriers acerbes souvent écrits avec la signature de son fils, eut cette vive réaction contre Henry Bordier dès la création du Pigeonnier ! mais rien n'y fit, les amoureux du Guignol Lyonnais à Paris l'ont emporté et Henry Bordier est devenu président de la Fédération Nationale des Théâtres de Marionnettes.

En mai 1938 Henry Bordier épouse Jeanne Breyton, infirmière à la clinique d’Asnières. Elle va devenir la costumière de ses spectacles. 

Du 3 au 6 mai 1938, en sa qualité de président de la Fédération, il organise Le Congrès International des Théâtres de Marionnettes qui se tient au siège du « Journal », grâce à l'ami HP Gassier. A l'été 1938, le dessinateur Bils (1884-1968), membre du Pigeonnier, trouve un local dans une auberge de Montmartre dont il est l'habitué, l'Auberge du Coucou, place du Calvaire, aujourd’hui : « Chez Plumeau ». C’est alors « Le Pigeonnier de Guignol de Montmartre » qui de 1938 à 1943 va rassembler de plus en plus de sociétaires et prendra la forme d’un cabaret montmartrois : marionnettes avec pièces du répertoire, parodies d’opéras, créations, mais aussi poésie, prestidigitation, ombres chinoises, chansons, conférences. Le Pigeonnier devient un lieu de sorties, limité par les heures de couvre-feu, mais bien vivant, avec sans cesse de nouveaux membres et marionnettistes. 

En mars 1939, Henry Bordier ne disposant pas de la marge de manœuvre qu'il estimait nécessaire et toujours combattu par les Thiessard-Desarthis, démissionne de la direction de la Fédération. Le Pigeonnier continue toutefois de prospérer et de nouveaux amis du monde des arts le rejoignent. 

A partir de 1939, Henry Bordier qui est devenu plus qu’un ami, un collaborateur de Gaston Baty, qu'il appelle « Maître », l’aide à jeter les bases du « Théâtre Billembois ».  Il sera le premier interprète de Jean-François Billembois, puis participera plus discrètement à l'aventure des « Marionnettes à la Française » de Baty.

 

En juin 1940, Henry Bordier est incorporé comme médecin-lieutenant à l'hôpital de Lagny, puis dans la Défense Passive à Asnières, sans pour autant oublier les marionnettes. En 1942 il écrit pour Gaston Baty, puis interprète une version marionnette de « La Mégère Apprivoisée ». Cette pièce, jouée d'abord au Pigeonnier va voir entrer en scène une marionnette représentant Gaston Baty lui-même, à la grande surprise de l’intéressé. L'année 1942 est particulièrement difficile, car outre le couvre-feu et les restrictions, Asnières est bombardée par l'aviation anglaise et la famille vit au rythme des alertes.

 

Son fils, Jean-François, prénommé ainsi en hommage au Billembois de Gaston Baty, nait le 18 octobre 1942. Il deviendra plus tard, avec son épouse Catherine, un modeste continuateur de l’œuvre de son père au Guignol du Bois de Vincennes, « La Comédie de Guignol ».

  La comédie de Guignol du Bois de VincennesHenry bordier 4

 A compter de mai 1943, Henry Bordier est quatre fois par semaine au théâtre Montparnasse pour les répétitions du « Médecin malgré lui » du théâtre Billembois.

 

 En juillet 1943, avec son ami André Blin et Paul Jeanne, il prête son concours à l’inauguration du « Guignol des Petits Poulbots », face au Sacré Cœur et permet à ce théâtre de   disposer d’une collection de marionnettes concédée par Gaston Baty. Mais comme l’aurait souhaité Baty, ce théâtre ne sera pas la continuité du Pigeonnier qui s'éteindra en 1944, en raison du manque de salle, de la Libération et des règlements de compte qui s’en suivront.

Le 1er mars 1947, Henry Bordier reprend la concession du Théâtre Guignol du Bois de Vincennes, cédée par les Deutsch lé. A l'automne, il enregistre une séquence de guignol pour la Société des Films Alkam, dont le producteur est Alexandre Kamenka. A la même époque, Henry Bordier participe aux activités des « Marionnettes à la Française » de Gaston Baty.  

Pour tenter de redonner vie au Pigeonnier de Guignol, il propose à Gaston Baty de créer une nouvelle association : « Les Amis des Marionnettes de Langue Française ». Gaston Baty est alors très malade, se rétablit par miracle, reste en convalescence pendant un an dans son village natal de Pélussin et à Aix-en-Provence où il vient de créer « La Comédie de Provence ».  Il donne son accord, accepte la présidence qu'il exercera via Henry Bordier et l'association « Les Amis des Marionnettes de Langue Française » nait le 24 septembre 1949, avec Francis Raphard.

De nombreux marionnettistes français et étrangers y seront invités. Les spectacles sont donnés à la Salle Wagram, au théâtre Mouffetard et surtout, grâce à un patient de Henry Bordier devenu son ami, le ténor Paul Vergnes, à «la Galerie La Boétie », 83 rue de La Boétie. De nouveaux talents s'y révèlent, entre autres Yves Joly, Georges Lafaye et Tournaire.

Fin 1951, « Les Amis des marionnettes de Langue française » cessent leur activité. Dès lors Henry Bordier se contentera d'animer le castelet de La Comédie de Guignol du Bois de Vincennes. Son fils, Jean-François Raoul Darblay et Marcel Bordier en seront les principaux manipulateurs occasionnels.

Vers 1959 Henry Bordier enregistre la première bande sonore du théâtre « Les P’tits Bonshommes » d’André Blin, pour « Le Tour du Monde en 80 jours ». Il y tient le rôle de Phileas Fog.

Le 24 juillet 1967, Henry Bordier décède. Le théâtre du Guignol du Bois de Vincennes continuera encore 10 ans, animé par Jean-François Bordier et son épouse Catherine, qui finiront par lâcher prise, tant le métier est exigeant : il faut savoir tout faire et pas seulement manipuler ou jouer et c’est par trop accaparant ! 

 Toute la documentation du fonds Famille Bordier est disponible sur demande et une grande partie est consultable en ligne sur le site du MUCEM.

 

 

Le père de Lambert Grégoire Ladré, dit le Père Thomas

Pere thomas Le père de Lambert Grégoire Ladré, dit le Père Thomas,

 s’appelait Michel Louis Ladré et nous sommes tous capables de chanter une de ses œuvres, même 230 ans après, sans savoir   qu’elle est de lui :

 D'abord soldat, Michel Louis Ladré fut ensuite chanteur ambulant. On trouve sa trace à Paris en 1784, en tant qu'auteur des   paroles d'une complainte, d'après un fait divers daté du 5 octobre (1) : « Complainte nouvelle à l'occasion de l'exécution, faite le 5   octobre 1784, de particuliers qui ont été condamnés, par arrêt de la Cour du Parlement, d'être rompus vifs en place de Grève pour   avoir formé un complot de s'évader à mains armées ». Il est aussi parolier de plusieurs dizaines de chansons de la période   révolutionnaire dont celle qui fut un « tube » de l’époque que tout le monde connait encore aujourd’hui : "Ah, ça ira." maintes fois   reprise et détournée.

 

En 1790, il est même considéré comme l’un des principaux chanteurs du Pont-Neuf, avec en exergue de ses compositions : 

" Oui tout ce que je vois m’enchante,

Dans la loi et la liberté,

C’est avec plaisir que je chante,

Des Français la félicité. »

 

De son mariage avec Caroline Josèphe Provins on sait qu'il a eu plusieurs enfants, dont Lambert Grégoire dit plus tard « le Père Thomas », né le 12 mars 1770 à Givet dans les Ardennes et Marguerite Josèphe, née le 30 décembre 1772 à Bavay dans le Nord. Mais celui qui deviendra l’ami de Laurent Mourguet n’était ardennais que par « accident ». La carte de sûreté de Michel Louis Ladré établie le 7 novembre 1794, indique qu'il était natif de Paris, mesurait 1m57, avait les yeux bleus, et qu’il était « marchand de chansons ». Dans les archives hospitalières de Paris, pour l’hôpital du Saint Esprit en Grève (2), dans les comptes de tutelle, rapports de médecins et titres de familles, on retrouve le nom de Michel Louis Ladré. 

 Sa notice dans le Maitron (dictionnaire biographique du mouvement social et du mouvement ouvrier) indique : « Chanteur public de la Grande Révolution. Auteur du Ah ! ça ira, ça ira, ça ira. Il s’intitulait « chanteur des sans-culottes » dès l’été 1792. Ladré fut un des plus abondants parmi les chansonniers populaires empruntant leurs timbres à des airs en vogue. 

 Le « Ah ! ça ira... », sur l’air du Carillon national, contredanse nouvelle de Bécourt, date de juillet 1790, un peu avant la Fête de la Fédération du 14 au Champ de Mars. Il n’était pas question dans l’original de pendre les aristocrates à la lanterne. C’est selon les moments du drame révolutionnaire, qu’on y accrochera successivement ses adversaires puis ses partisans les plus chaleureux, dans une série de contrefaçons, qui attestent de son immense succès. Il devint en 1793-1794 une sorte d’hymne officiel. Les peuples de Paris et de France en conservèrent le souvenir après la Terreur. On le chanta chaque fois qu’une victoire politique du peuple paraissait assurée. Ainsi, après le coup d’État du 18 fructidor an V, et durant les Cent-Jours, puis au XIXe siècle, alors qu’il était interdit.

 Ladré, qui était obligatoirement un opportuniste, chansonna tour à tour la défaite des « Noirs », c’est-à-dire celle des aristocrates, la Patrie en danger, la chute et l’exécution de Louis XVI, les victoires de l’automne 1792, l’assassinat de Marat, la déchristianisation, la tyrannie de Robespierre, le procès de Fouquier-Tinville (sur l’air de La Carmagnole). Toujours, bien entendu, dans le sens où penchait le plateau de la balance politique. Mourut-il ou cessa-t-il seulement de produire après le printemps 1795 ?  On pourrait supposer que dépassé par le mouvement de réaction politique (dont la journée du 13 vendémiaire an IV montra qu’il n’était pas seulement dirigé contre la République populaire mais contre la République tout court, en faveur de la monarchie), il ne voulut pas s’y associer, pas plus que la grande majorité des conventionnels thermidoriens, et qu’il disparut ensuite. Toujours est-il que rien de l’abondante production du Directoire et du début du Consulat ne peut lui être attribué ».

En ce qui concerne le père Thomas, la grande majorité des informations rapportées par Puitspelu dans ses Oisivetés s’avèrent exactes mais on en trouve aussi quelques autres dans les archives du temps. D'après sa carte de sûreté établie le 20 avril 1793, Lambert Grégoire Ladré est arrivé à Paris en 1783 (il a 13 ans). En 1791, il apparaît dans un « Chansonnier Patriote, ou Recueil de Chansons Nationales et autres, choisies, composées et chantées par Ladré père, accompagné de son fils ». Ils vivent à cette époque 14 rue du Foin St-Jacques dans le 5e arrondissement parisien actuel.

Je ne sais pas si le père Thomas s’engagea dans les hussards (cela reste à vérifier dans les archives militaires) et ne revint qu’au bout de 10 ans pour apprendre la mort de sa femme et l’existence d’un fils, mais il est sûr qu’il se maria bien trois fois. La première avec une certaine Pierrette Droux le 11 septembre 1792 à Paris. À peine deux ans plus tard, le 1er juin 1794, toujours à Paris, il se remarie avec Thérèse Dejean. Ils auront une fille, Charlotte Joséphine, née le 29 octobre 1797 à Paris, baptisée le lendemain à Saint-Etienne du Mont, et un fils, Jean-Baptiste. Juste, né le 2 septembre 1802 à Elbeuf. Lambert Grégoire Ladré, c’est lui qui déclare la naissance, est dit « sauteur » dans l’acte, autrement dit saltimbanque, et est domicilié à Paris, section de l'observatoire.

 

 C'est sans doute ce Jean-Baptiste qui meurt quelques années plus tard d'une chute, alors qu'il s'entraînait dans une troupe d'acrobates à Bordeaux. A noter que le 17 septembre 1795, Lambert Grégoire Ladré et sa femme furent parrain et marraine de la petite Thérèse Landreau baptisée à Saint Jacques du Haut Pas.  

On sait qu'il restera à Paris au moins jusqu’en 1799, car on retrouve son nom sur l'acte de naissance de sa fille Virginie, née le 16 octobre 1799. La mère est Jeanne Scholastique Lobreau, une couturière de 23 ans, native d’Epernay.

 L'enfant est né hors mariage, mais elle porte bien le nom de Ladré et le père est bien désigné comme Lambert Grégoire Ladré. Jeanne Scholastique reste à Paris et se mariera le 9 juillet 1800 avec un nommé Jean-Baptiste Lavocat. Après la naissance de sa fille naturelle, le père Thomas part dans diverses villes de province, Elbeuf, Rouen, Bordeaux, Clermont Ferrand, et sans doute des villes plus au sud, en Provence, d'où il ramena quelques expressions qu'il plaça ensuite dans ses chansons, en particulier dans la Bourbonnaise qui lui valut tant de succès. On sait que cette chanson, qui avait d'abord été faite contre une courtisane en vogue, avait été tournée par le populaire contre la Dubarry, à qui elle fit plus d'une fois verser des larmes de rage. Le père Thomas remaniait, pour les rendre plus plaisantes, la plupart des chansons populaires, et il avait quelque peu arrangé celle-ci :

 

La belle Bourbonnaise, Elle est mal à son aise ;

Elle est dessus la chaise.

Elle ne peut pas caga.  Ah ! ah ! ah ! ah !  

Avant de devenir lyonnais d'adoption, le père Thomas qui avait donc beaucoup voyagé, avait emprunté « caga » du provençal…  

 

Gnafron La reste de sa vie se passa à Lyon puisque c’est là qu’il rencontrera Laurent Mourguet qui donnera ses traits à Gnafron, le faisant ainsi passer à la   postérité. 

 

 Il se remarie une dernière fois, à Lyon, le 3 juin 1830 avec Marguerite Blaisy qui, devenue veuve, se remaria deux ans plus tard et s’éteindra à son   tour en 1858 après 20 ans de ce qui fut aussi pour elle une troisième union (elle était veuve de Jean-Baptiste Desportes lorsqu’elle épousa la Père   Thomas) et on peut voir dans le registre la signature de Laurent Mourguet qui fut un des témoins de cette troisième union. 

 

  La différence entre les jeunes et les vieux, c'est que les vieux ont beaucoup plus de souvenirs et beaucoup moins de mémoire !

 

 Le 5 octobre 1784 eut lieu l'exécution des gendarmes Deseine et Deforges. Condamnés à vingt ans de prison, et à la veille d'être transférés de la prison de l'Abbaye au lieu de leur destination, ils résolurent de s'y soustraire, se procurèrent des sabres, des pistolets, de la poudre, descendirent après la garde retirée chez le geôlier, et voulurent le contraindre à les laisser sortir. Celui-ci, ayant appelé du secours, reçut un coup de pistolet dont heureusement il évita la balle. Forcés alors de remonter dans leur chambre, ils s'y barricadèrent et menacèrent de faire sauter la prison si on ne leur accordait leur liberté. Obligés enfin de se rendre, ils furent condamnés à être rompus vifs et subirent ce supplice avec courage ; jamais l'affluence des spectateurs n'avait été aussi considérable. 

’hôpital du Saint Esprit en Grève, à sa fondation au début du XIVe siècle, dans une maison tout contre l'hôtel de ville, place de Grève, est à la fois un orphelinat, une crèche et un asile. La confrérie du Saint-Esprit recueille les jeunes   orphelins, les instruit dans la foi catholique et leur apprend, aux frais de l'hôpital, un métier lié à l'artisanat. À partir de la seconde moitié du XVe siècle, l'établissement reçoit exclusivement des filles et garçons âgés de moins de neuf ans, baptisés, originaires de Paris, et orphelins de père et de mère. L'hospice fermera en avril 1792. 

Monseigneur Pierre Gardette (1906 - 1973)

 Pierre Gardette est né en 1906 à Tarare (Rhône) où il repose depuis sa mort subite survenue en 1973 à Lyon. Il effectua ses études supérieures (licence de lettres classiques) aux Facultés catholiques de Lyon et suivit ensuite des cours à l’École Pratique des Hautes Études (Paris). Ordonné prêtre, il se destina à l’enseignement. Dès 1931, il fut chargé de cours de philologie romane aux Facultés catholiques. Il commença alors des recherches en vue d’une thèse de doctorat-ès-lettres sur les patois foréziens, thèse qu’il soutint en 1941 à Grenoble sous la direction du rofesseur Antonin Duraffour.

cette époque, la thèse de doctorat d’État nécessitait la préparation de deux études : l’étude principale fut consacrée  la phonétique (elle fut publiée en 1941, sous le titre « Géographie phonétique du Forez »), l’étude complémentaire fut consacrée à la morphologie (elle fut publiée la même année sous le titre « Études de géographie morphologique sur les   patois du Forez »).

Pour disposer des matériaux nécessaires à ces études, il avait auparavant effectué des enquêtes approfondies auprès de patoisants dans de nombreux villages ligériens. C’est probablement au cours de ses premières enquêtes qu’il découvrit la richesse et l’intérêt sur le plan scientifique des patois qu’il ne cessera d’étudier tout au long de sa vie. Au cours de ces enquêtes, il fit la connaissance d’un paysan poète,  Claudius Javelle d’Apinac dont il publia les poèmes en 1938 sous le titre « Lous poèmes daoü païsan »..

Il devient professeur titulaire de philologie  romane à l'Université Catholique de Lyon en 1941. En 1942, avec le soutien du mécène forézien Georges Guichard, il fonde l'Institut de linguistique  romane qui, depuis sa mort, porte son nom, Institut Pierre Gardette et continue encore aujourd’hui les recherches sur les langues régionales, le  français régional et la toponymie.

En 1945, il est nommé recteur de l’Université Catholique, responsabilité qu'il exerce jusqu'en 1964 et qui  s’accompagne des titres de protonotaire apostolique et de « Monseigneur ».Pierre gardette   

 En1962, il entre au CNRS comme maître de recherche et sera promu directeur de recherche dès 1966. Il est nommé secrétaire de la commission des atlas linguistiques de la France et, à ce titre, il coordonne les chercheurs préparant les différents atlas linguistiques régionaux. Ce choix s’explique par le fait que Pierre Gardette a été le premier à préparer et à publier un tel atlas.

À partir de 1942, il rédigea en effet un questionnaire permettant de relever l’essentiel du vocabulaire et forma une équipe d’enquêteurs qui allaient le seconder (Paulette Durdilly, Simone Escoffier, Henri Girodet, Marguerite Gonon, Anne-MarieVurpas). Les enquêtes se déroulèrent dans une soixantaine de villages de la Loire et du Rhône, ainsi que dans quelques villages voisins des départements contigus. Sous le titre Atlas linguistique et ethnographique du Lyonnais, les résultats cartographiés furent publiés en trois grands volumes (1950, 1952, 1956) qui furent suivis de deux volumes de commentaires (1968,1976).

Cet atlas servit de modèle aux atlas des autres régions de France et même aux atlas de certains pays étrangers de langue romane. En reconnaissance pour son œuvre scientifique et son activité d’animation au niveau national, en 1973 (peu de temps avant son décès brutal) le CNRS lui a attribué sa médaille d’argent.

 Pierre Gardette ne s’intéresse pas seulement à l’oralité. Il considère que les textes anciens sont tout à fait utiles pour comprendre l’évolution du latin en terre francoprovençale. Avec Antonin Duraffour et Paulette Durdilly, il publie en 1965 les importants écrits en francoprovençal de la moniale mystique Marguerite d’Oingt (fin XIIIe-début XIVe siècle), puis la publication des textes médiévaux foréziens de Marguerite Gonon (1974) et celle des textes lyonnais de Paulette Durdilly (1975) dans la collection Documents linguistiques de la France.

Il est aussi l’auteur d’une centaine d’articles importants où, à la lumière de la géolinguistique, il explique l’origine, l’histoire, les caractéristiques et l’intérêt des dialectes galloromans et, en particulier, des parlers francoprovençaux.

Il a, par exemple, magistralement démontré que ces derniers sont nés du latin qui a rayonné à partir de Lugdunum, la capitale des Gaules, le long des routes qui reliaient Lugdunum à Augusta (aujourd’hui Aoste, village nord-dauphinois), puis à Augusta Praetoria (Aoste en Vallée d’Aoste). L’une de ces routes suivait le cours du Rhône et franchissait les Alpes au col du Grand Saint-Bernard, l’autre suivait le cours de l’Isère et franchissait les Alpes au Petit Saint-Bernard.

La plupart de ses articles ont été regroupés dans l’ouvrage posthume intitulé Études de géographie linguistique publié en 1983 par la Société de linguistique romane, dont il fut le secrétaire - administrateur de 1951 à 1973 (année de sa mort). À ce titre, et avec l’aide de sa dévouée collaboratrice Laure Malapert, il publia pendant toute cette période les deux tomes annuels de la Revue de linguistique romane.

 Perre Gardette faisait partie de plusieurs sociétés savantes. Il était membre titulaire de l’Académie des sciences, Belles Lettres et Arts de Lyon depuis 1955 (il intitula son discours de réception « Une grande    méconnue : la langue lyonnaise » et fit connaître aux autres               

Académiciens l’intérêt scientifique et patrimonial de la langue francoprovençale autrefois parlée à Lyon). Il était depuis 1936 membre de la Diana, société historique et archéologique du Forez dont le siège est à  Montbrison. Il était membre correspondant d’académies ou organismes scientifiques situés à Paris, Barcelone, Göteborg. Il était Docteur honoris causa de l’Université Laval au Québec.

 Jean-Baptiste Martin

Malgré une disparition prématurée, Pierre Gardette a laissé une œuvre considérable et novatrice. Ce scientifique internationalement reconnu était aussi un remarquable animateur et organisateur. Pédagogue aux idées claires et lumineuses, il a fortement marqué les générations d’étudiants qui ont eu la chance de suivre ses cours.  

Pour obtenir plus de renseignements sur l’Institut Pierre Gardette (UCLy), on peut consulter le site suivant ou s’adresser à lui : https://www.ucly.fr/recherche/institut-chaire-projets-recherche/institutpierre-gardette/

UCLy - 23, pl. Carnot, 69288 Lyon Cedex 2

Tel. 04 72 32 50 54

MOLARD Étienne

MOLARD Étienne

Naissance: 29 mars 1761 à Lyon (Rhône) - Décès: 6 mars 1825 à Lyon (Rhône)
 

Société(s) : Société littéraire, historique et archéologique de Lyon : membre fondateur (1807-1825), 1807-1825

Biographie : Professeur de grammaire et latin et directeur d'école. 
Maître de pension dans le cloître des Jacobins (1804), professeur de belles lettres (grammaire française et langue latine), directeur de l’école secondaire du Midi (an XIII). 

Sources biographiques :  "E. Molard, sa vie et son oeuvre", par Claude Breghot du Lut, dans Arch. hist. et stat. t. 1, p. 330 et t. 5, 1827, p. 241 à 246 - Nouvelle biographie générale [...], publiée [...] sous la dir. de Dr. Hoefer, 1852-1866

Bibliographie : 

-  Dictionnaire grammatical du mauvais langage ou Recueil des expressions et des phrases vicieuses usitées en France, et notamment à Lyon, 1803 (réédition de Lyonnoisismes, ou Recueil d’expressions vicieuses usitées à Lyon, employées même quelquefois par nos meilleurs écrivains, auxquelles on a joint celles que la raison a consacrées, Lyon, Chez l’auteur, 1792)


- Discours prononcé à l’ouverture de l’École secondaire du Midi, sur les devoirs des instituteurs, Lyon, Ballanche père et fils, an XIII


- Épître en vers à ma fille, à l’époque de son mariage, lue à l’Académie de Lyon, en 1808


- Le mauvais langage corrigé ou Recueil par ordre alphabétique, d'expressions et de phrases vicieuses usitées en France, et notamment à Lyon, 1810

Etienne molard livre

 

Rédacteur(s) de la notice : Martine François
Fiche créée le 19/03/2009 - Dernière mise à jour le 03/09/2013
© copyright CTHS-La France savante.

Eugène VIAL

Eugène Vial naît à Saint-Etienne en 1863, mais sa famille est lyonnaise depuis le XVIIe siècle. Son père était Conseiller à la cour d'appel de Lyon et la famille de sa mère figure parmi les plus riches familles lyonnaises du XIXe siècle. Il sera lui-même inscrit au barreau de Lyon de 1884 à 1897, mais le métier d'avocat ne le passionne guère et étant à l'abri des contraintes matérielles, il se consacre dès 1897 à l'étude. Il figure parmi les érudits lyonnais de la première moitié du XXe siècle alliant avec aisance science et humour.

Il se passionne pour les affiches de Chéret et donnera sa collection à la bibliothèque municipale de Lyon. Manifestant un grand intérêt pour les ombres chinoises, il écrit pour ce théâtre des revues, des comédies, des livrets d'opéra et des oratorios de 1901 à 1908. Il s'intéresse aussi à la réécriture de l'histoire locale et publiera des monographies dans la Revue d'Histoire de Lyon entre 1903 et 1914 qui feront l'objet d'un livre édité sous le titre : Institution et coutumes lyonnaises. Il publie aussi dans le Bulletin de la Société Littéraire ; ses articles seront rassemblés dans Gens et choses de Lyon. En 1913, il est élu à l'Académie de Lyon. Avec son ami Marius Audin il édite en 1918 le Dictionnaire des artistes lyonnais, ouvrage fort utile pour les chercheurs d'aujourd'hui.

Après la première guerre mondiale où il assume les fonctions de secrétaire du Comité de Secours aux oeuvres de guerre de Lyon, il poursuit ses recherches autant sur l'histoire contemporaine que sur l'histoire ancienne avec des études sur les Horlogers lyonnais de 1550 à 1650 (1927), les Costumes lyonnais du XIVe au XXe siècle (1935), et sur Jean de Tournes (1937). C'est sous le pseudonyme de Thomas Bazu qu'il entre en 1920 à l'Académie des Pierres Plantées. En 1926 il est nommé directeur et conservateur du musée Gadagne nouvellement créé où il effectue un travail remarquable d'acquisitions, de classement et de valorisation des collections. C'est en 1928 qu'il adhère à la Société des Amis de Guignol dont il devient vice-président. Fortement impliqué, il rédige de nombreux articles pour les Almanachs en adoptant plusieurs pseudonymes. Il écrit aussi pour le théâtre et élabore de nombreuses saynettes.

Il quitte Gadagne en 1937, et quand la seconde guerre mondiale éclate, il est missionné en tant qu'adjoint au secrétaire du Comité de Secours aux mobilisés. Il meurt le 13 janvier 1942 ; ses manuscrits et ses notes sont aujourd'hui conservées aux musées Gadagne pour servir aux générations futures d'historiens.

Celebrite eugene vial 1403555085

Pierre NEICHTHAUSER

Pierre Neichthauser naît le 14 février 1873. Dès huit ans il joue les figurants au théâtre Bellecour (la Fnac actuelle) puis en1888 au théâtre Guignol du Caveau des Célestins. Avec son frère Ernest et Henri Dunan, ils donnent leur spectacle tant en France qu’en Suisse et participent à l’exposition universelle qui se tient au Parc de la Tête d’Or. Pierre joue ensuite au théâtre Guignol rue Palais Grillet où il rencontre Eléonore Josserand qu’il épousera le 28 octobre 1903. Tous deux animent alors un théâtre ambulant de marionnettes et se déplacent à Montpellier, Nice, Luchon et en Afrique du Nord avant de revenir sur Lyon.

En 1907, il achète à Joseph Mercier le castelet qui se trouve 30, quai Saint-Antoine qu’il baptise du nom de « Théâtre Guignol Mourguet  » appellation qui perdurera jusqu’à sa fermeture en 1981. Il tient le rôle de Gnafron, personnage qui va lui coller à la peau durant toute sa carrière. En 1911, il est membre du Comité pour l’érection du Monument Mourguet et fera partie des membres fondateurs de la Société des Amis de Guignol mettant à disposition de l’association son théâtre pour lui permettre d’organiser des spectacles dont le premier aura lieu le 13 décembre 1913. 

Pendant la première guerre mondiale Pierre Neichthauser participe à l’effort de guerre avec son équipe en envoyant des castelets sur le front pour distraire les soldats et dans les camps d’internement pour les prisonniers de guerre. Il donne également de nombreuse représentations au profit des blessés et des jeunes orphelins de guerre. Grâce à lui, le siège social de la Société des Amis de Guignol est installé au 30, quai Saint –Antoine de 1920 à 1926. 

En 1921, il crée une école de marionnettes et fonde l’Association Nationale des Marionnettes Lyonnaises.

Il avait acheté une propriétés à Brindas où il organisa des fêtes et des réjouissances. En 1929, il est élu maire de Brindas et sera réélu régulièrement jusqu’en 1941 où il sera destitué par le gouvernement de Vichy. Le 27 avril1930 son épouse décède ; très affecté, sa nièce Jeanne s’occupera de son oncle jusqu’à son décès. Durant sa longue carrière, il sera honoré, obtenant le prix d’exécution en 1929 à Paris, en 1931 à Liège et en 1932 à Londres . Il est officier des Palmes Académiques puis décoré de la légion d’honneur pour son activité théâtrale, la défense des traditions lyonnaises et la promotion du théâtre Guignol à  l’échelon national et international.

Sa santé s’altérant, il est contraint d’abandonner ses activités au cours de la seconde guerre mondiale. Il décède le 4 décembre 1953. Edmond Locard dira dans son éloge funèbre : « Il laisse un nom et un souvenir, il représente une tradition et porte le poids d’une légende car son théâtre incarne l’âme lyonnaise. » Il est enterré à Brindas avec dans son cercueil une marionnette de Gnafron. Son nom est gravé sur le monument Mourguet en 1955.

Sans titre

Frédéric JOSSERAND

Arrière petit-fils de Laurent Mourguet, Frédéric Josserand naît le 20 février 1878. Après l'école primaire, il entre en apprentissage et devient technicien en maroquinerie. Après son travail, le soir il rejoint ses parents pour les seconder au théâtre Guignol du Passage de l'Argue. Après son service militaire, il se marie avec Augustine Habouzit qui lui donnera deux filles : Jeanne et Marie-Louise. Tous deux quittent alors Lyon pour se rendre à Vichy où Jean Fine dirige un théâtre Guignol et après de nombreuses tournées dans toute la France, ils rejoignent la troupe de Pierre et Ernest Neichthauser qui en 1905 évolue au Casino municipal de Nice.

Le 2 aôut 1914, Frédéric Josserand part au front où il sera blessé en 1917 ce qui lui vaut six mois d'hôpital avant d'être mobilisé dans un atelier orthopédique. Il devient dans ce domaine, un ouvrier très habile. Le soir il se glisse derrière le castelet du 30, quai SaintAntoine pour donner vie à ses marionnettes. Sans quitter son métier, il est nommé en 1923 directeur du théâtre des "Têtes de bois " de la Société des Amis de Guignol. Pour notre société, c'est un honneur et une reconnaissance, d'être ainsi loué par la famille du créateur de Guignol. Excellent marionnettiste, il est aussi très doué pour la sculpture de têtes de marionnettes leur donnant à chacune une expression sans égal.

En 1928, sa fille Marie-Louise se marie avec Henri Brunel et de leur union naitra Jean qui prendra le pseudonyme de Jean-Guy Mourguet. Auparavant, Frédéric Josserand qui a repéré les qualités artistiques de son gendre Henri, l'embauche dans sa troupe puis alors qu'il est à peine agé de dix ans Jean-Guy sera hissé à son tour sur un tabouret pour tenir sa première marionnette. Tout allait pour le mieux, mais hélas, le 28 mars 1936 la mort ravit à sa famille Frédéric Josserand. Son épouse Augustine lui succédera en étant nommée à la direction du Théâtre de la Société, place qu'elle occupera jusqu'à la veille des années soixante.

Entre temps Henri Brunel entré au bureau de l'association en devient secrétaire-adjoint. Dans le castelet, il tient le rôle de Guignol, jouant une fois par mois, à la fin des conférences, pour les sociétaires de notre association. Jean-Guy Mourguet de son côté fera sa première intervention artistique pour notre Société le 24 mars 1949. C'est avec lui que s'achève la lignée de ces marionnettistes descendants de Laurent Mourguet, qui ont su honorer de leur talent la Société des Amis de Lyon et de Guignol.

Frederic josserand

BENOIST-MARY

Marie Benoit Antoine Renard naît le 1er octobre 1864, rue de Trion, de parents brodeurs en ornements d'église. Elève sans problème, il fréquente en dehors des classes le Cercle Saint-Antoine, section artistique animé par le père de Joseph Lavarenne, où il suit les cours de théâtre. A quinze ans, Monsieur Lavarenne lui propose un remplacement d'acteur qui rencontre très vite un grand succès. Il prend quelques années plus tard le nom de scène de Benoist-Mary et joue aussi bien des pièces du répertoire classique que des interprétations comiques. Professionnellement il travaille dans une maison de soierie comme commis en écriture puis comptable.

Lorsque Monsieur Lavarenne cesse ses activités au cercle, on se retourne vers Benoist-Mary ; celui-ci abandonne son métier, il s'installe 15 rue des Fossés de Trion et devient comédien professionnel assurant les plus grands rôles en tournées dans toute la France, en Espagne et en Afique du Nord. Mais c'est à lyon qu'il fera toute sa carrière. Il joue le répertoire classique, affectionne les pièces de Labiche avant d'accroître sa célébrité avec ses "Monologues". Il joue à la perfection les rôles féminins ; ses mimiques incomparables, sa diction parfaite sont couronnées d'un accent lyonnais inimitable et naturel. les monologues devenus célèbres comme "le Matefaim", "La soirée au grand thiâtre", "la promenade à Chaponost" deviendront des classiques de son répertoire.

Il participe à l'effort de guerre pendant la periode difficile de 1914 à 1918 en distrayant les malades et les blessés de guerre dans les hôpitaux et participe avec la jeune Société des Amis de Guignol à de nombreux galas de bienfaisance entre 1915 et 1919. Il est alors membre honoraire de la Société et présent aux divers spectacles organisés par l'association pendant toute l'entre-deux-guerres. Il enregistre divers disques 78 tours où les monologues les plus célèbres sont conservés et l'on peut ainsi entendre la voix inimitable et l'accent lyonnais de ce conteur du coteau de Saint-Irénée.

En décembre 1944, il est victime d'une hémorragie cérébrale et décède le 13 du même mois. La messe de funéraille est dite par Monseigneur Lavarenne; Il est inhumé au nouveau cimetière de Loyasse. Le 9 septembre 1946 est inaugurée dans le cinquième, la rue Benoist-Mary qui part de la rue des Anges jusqu'à l'avenue Barthélémy Buyer. La société des Amis de Guignol, à l'origine d'une souscription lancée en 1946, fera apposer une plaque commémorative sur la façade de la Maison où il a vécu.

Telechargement 4

Jean COULON

 

Merci Philippe MULLER pour cet excellent travail, 

Jean Coulon une signature

 Signature jean coulon Jean Georges Louis Coulon est né à Lyon le 31 octobre 1867, Après une scolarité normale, Jean Coulon s’inscrit à l’École des Beaux- Arts de Lyon le 11 octobre 1883, en classe de Bosse, il épousera Philomène Bonnacage le 4 novembre 1893. Jean Coulon est décédé à Lyon, le 3 octobre 1950, 12 ans après son épouse.

définition d'un livre « enrichi » : C’est une édition dite « originale » qui présente la toute première version du texte publié avec l’accord de l’auteur, naturellement d’une très grande qualité d’impression, de papier et de reliure, enrichie de nombreux apports, portraits, lettres, dédicaces par exemple, afin de proposer une véritable alchimie entre l’histoire même du livre, le texte et son illustration. 

Avant guignol : illustration d'ouvrages 

Jean Coulon a exploité tous les espaces disponibles sur son exemplaire, marges, pages de titres ou de faux titres intercalaires, pour réaliser des illustrations aussi diverses que les poèmes, tant dans leur technique que dans leur ambiance. Les poèmes consacrés à l’amour ou à l’Espagne sont accompagnés d’aquarelles aux couleurs vives, tandis que les textes plus philosophiques sont illustrés de dessins aux crayons de couleurs plus atténuées.

Incontestablement les illustrations de Jean Coulon reflètent l’influence de l’Art Nouveau. Il favorise les formes simples dans le dessin des corps, il utilise également des aplats de couleurs parfois vives, en particulier pour les vêtements. Le dessin est souvent courbe et les cercles auréolant les figures féminines évoquent Alphonse Much

 Il utilise à la fois l’aquarelle et la gouache. Il trace systématiquement les contours à l’encre noire selon un procédé qui rappelle la bande dessinée, mais aussi l’affiche publicitaire. On y retrouve les figures avenantes et joyeuses de ses travaux ultérieurs. Oeuvres completes t gauthier

Le triomphe de Guignol 

Après l’affiche annonçant la publication des cartes de « nouvelle année » chez les distributeurs de la maison S. Farges, il va très vite se passionner pour le Théâtre de Guignol et mettra en scène dans ses dessins les personnages de ce spectacle populaire, comme lui volontiers frondeurs et irrévérencieux. L’essentiel de son travail va alors porter sur les spectacles de Guignol, et notamment sur les Classiques ou les Parodies.En 1913 il commence sa collaboration avec la société des Amis de Guignol qui vient d’être créée et dessine le bulletin de souscription.

En 1913 il commence sa collaboration avec la société des Amis de Guignol qui vient d’être créée et dessine le bulletin de souscription.

Cartes guignol jc                    Carte le demenagement                  Carte illustree j coulon                Inauguration statue l mourguet

Enfin il collabore avec les automobiles Buchet de Levallois-Perret (Hauts- de-Seine) pour souligner leurs performances

Et puis la France entre dans la Guerre. Jean Coulon représente nos marionnettes impliquées dans le conflit et réalise pour Farges une série de 66 cartes patriotiques sous forme d’un échange de courrier entre Guignol mobilisé sur le front et Gnafron resté à l’arrière.                        La guerre j coulon

L'après Guignol 

Même si elle ne résout pas tous les problèmes, la fin de la guerre est un réel soulagement. On retrouve rapidement plus de légèreté dans des dessins résolument tournés vers l’humour, mais en même temps très critiques de la société d’après-guerre. C’est ainsi que Jean Coulon s’expose au salon des Humoristes de 1921 à 1924 au moins, avec des

« guignoleries » et le « dernier exploit de Don Quichotte », appelé à se battre contre des moulins d’un genre nouveau.

                                                                                                                                   Illustration j coulon  

En 1929-1930 Jean Coulon travaille à l’illustration d’un roman historique du Lyonnais Claude Le Marguet (1868-1933) : Myrelingues la Brumeuse ou l’an 1536 à Lion sur le Rosne, publié en 1930.                                                                         Myrelingues j coulon