Dans les deux ouvrages publiés en 1865 et 1870 par Jean-Baptiste Onofrio :Théâtre lyonnais de Guignol, nous avons relevé quelques refrains terminant de façon endiablée certaines pièces du répertoire. Pour commencer évoquons celui qui achève Le Pot de Confiture, sur l’air de : Je suis un enfant gâté.
Elle est très vieille, cette ronde enfantine, qui ne fut peut-être jamais dansée, mais que nos pères, les pères de nos pères et ainsi de suite jusqu’aux générations les plus reculées, ont entendu chanter. Son air prendrait sa source vers le manoir de Bonaventure, proche de Le Gué sur Loir, à quelques kilomètres de Vendôme. Sa création reviendrait à Ronsard, à propos des fredaines d’Antoine de Bourbon père du futur Henri IV. Puis les nourrices l’ont pérennisée par une comptine. Plus tard, Molière l’a introduite dans Le Misanthrope. En voici le couplet originel :
Je suis un petit poupon Si vous voulez m’en donner
De bonne figure Je saurai bien les manger Qui aime bien les bonbons La bonne aventure ô gué, Et les confitures. La bonne aventure.
Laurent Mourguet l’a, quant à lui, glissée à la fin de sa pièce en changeant quelque peu les paroles :
Mon amour pour le pâté Tout d’même si vous en riez, Et la confiture, Aujord’hui je chanterai :
M’a plus d’une fois jeté La bonne aventure, oh gué !
En triste aventure. La bonne aventure !
La pièce Un Dentiste, une fantaisie en un acte, s’achève par ce refrain sur un air fort connu qui proviendrait d’une ancienne contredanse française Marie trempe ton pain . Cette chanson daterait des années 1880. Son thème oppose les goûts simples des paysans, tremper son pain dans la sauce, à des plaisirs beaucoup plus raffinés et réservés à la haute bourgeoisie.
Pour le mal de dent, Messieurs, si quèqu’ dent creuse
L’extrait de sarment Vous cause une fièvre affreuse, Est un spécifique unique ; Par ordr’ du docteur,
Pour le mal de dent, Flûtez cette liqueur,
L’extrait de sarment Et l’remède opér’ra sans douleur. Est tout ce qu’y a de plus canant.
Au final de Ma Porte d’Allée, très peu jouée de nos jours, nous chantions
cette chanson pleine d’entrain :
Flon, flon, flon ; La vie est un passage,
Vidons nos bouteilles. Il faut en profiter ;
Flon, flon, flon ; Croyez moi boire c’est sage,
Vidons nos flacons. Et vive la gaité !
Parfois, dans certaines pièces anciennes, on déclame cet air joyeux : Ohé les p’tits agneaux, tiré d’une chanson intitulée Une maison tranquille. Les paroles et la musique sont de Charles Colmance (1805-1870), un chansonnier montmartrois. En primeur, nous vous offrons les paroles originales :
Ah ! eh ! les p’tits agneaux Qu’est-c’qui cass’les verres ? Les poêlons, les fourneaux Les plats, les soupières ?
Qu’est-c’qui cass’les pots ? Les p’tits, les gros
Les brocs, les verres ? Qu’est-c’qui cass’les verres Qu’est-c’qui cass’les pots ?
Et ci-dessous les paroles interprétées par Guignol lors du final de l’une des pièces de son répertoire :
Ohé ! les p’tits agneaux ! Partons pour le cabaret
Allons faire bombance, Enfants de la ribote,
J’avions des pécuniaux Prenons une culotte
Pour nous quelle chance ; Avec du pichenet !
Très souvent, pour achever la pièce de façon pleine de gaité, les marionnettes interprètent ces paroles sur l’air de Allons aux Brotteaux :
Allons à l’instant nous mettre à table, Vive l’amitié pour être aimable, Partons à l’instant Vive la gaité
C’est le moment. C’est la santé !
Du temps de Mourguet ou de ses descendants, il était de coutume que Guignol, Gnafron et Madelon terminent Le Déménagement par l’air On dit que je suis sans malice, tiré d’un opéra-bouffe en 1 acte « Le bouffe et le tailleur ». La musique est de Pierre Gaveaux (1760-1825) et les paroles d’Armand Gouffé (1775-1845). Cet opéra-bouffe a été joué pour la première fois en 1804 au théâtre des Variétés à Paris.
Bien souvent dans notre ménage Mais pour mériter votr’ suffrage,
On voit que l’argent déménage. Guignol a besoin qu’on l’encourage. Si on n’y met pas de ménagement, Il demande vos applaudissements : On arrive au déménagement. N’y mettez pas de ménagement.
Cet air oublié depuis fort longtemps a été remplacé par un autre, beaucoup plus populaire et plus simple à interpréter :
Ah ! quelle heureuse chance, Nos guignons vont finir !
Nous avons l’espérance D’un meilleur avenir.
Gai gai gai ! dans notre ménage, Nous n’aurons jamais du chagrin, Puisqu’on peut sauver à la nage Son bazar avec son prochain.
Enfin deux airs faisant partie du répertoire d’hier et d’aujourd’hui : le premier est le plus couramment chanté par Gnafron de sa belle voix de basse soulignée d’un accent typiquement de cave …
Qu’est ce qui paye une tournée, La première c’est la mienne, Chacun payera la sienne,Tout au long d’la journée.
Et le second, Partons en flotte qui est sans aucun doute le plus populaire,
scandé par des spectateurs fort heureux de taper dans leurs mains :
Partons en flotte et ran tan plan Ҫa rend le cœur joyeux.
Faisons la noce tambour battant Partons en flotte et ran tan plan
Chez la mère Plosse on nous attend Faisons la noce tambour battant
Au rendez-vous des bons vivants.
Chez la mère Plosse on nous attend Dans cette guinguette,
C’est l’rendez-vous des bons vivants.
Ami nous boirons du p’tit bleu,
Et ran tan plan Quand on est pompette
Certes la liste est loin d’être exhaustive, mais ces refrains ont été retenus pour illustrer la conférence donnée à Brindas, en juin dernier, par la Compagnie M.A et moi-même, clôturant ainsi à merveille l’exposition sur Un air de Guignol, proposée par l’équipe du Musée Théâtre Guignol, dirigée par Madeleine Jacomet.