06 novembre 2021
Napoléon à Lyon en 1805. Ronald Zins conférencier, nous montre pourquoi "entre les deux s'installa une vraie histoire à amour".
Napoléon est venu 22 fois à Lyon, simples passages ou rencontres avec les Lyonnais, corps constitués et population.
Il avait entrepris de relever Lyon de ses ruines dues à la Révolution et fit en sorte de relancer son économie et d'assurer son rayonnement.
Ci-joint l'article concernant cette conférence
Napole on heros (834.73 Ko)
Napoléon à Lyon en 1805
Conférence de Ronald ZINS le 6 novembre 2021
Napoléon et les lyonnais une vraie histoire d’amour, c’est ce que rappelle le conférencier en préambule de sa conférence. Napoléon est venu 22 fois à Lyon, simples passages ou rencontres avec les lyonnais, corps constitués et population.
Il découvre Lyon en 1778 pour se rendre de sa Corse natale au lycée militaire d’Autun. Ensuite de nombreuses occasions le ramènent à Lyon, les émeutes des tisseurs de 1786 (il est hébergé chez la veuve Blanc chemin de Montribloud), des voyages en Corse. Mais Paoli chasse la famille Bonaparte de Corse en septembre 1792. Les Bonaparte s’installent provisoirement à Toulon.
En 1796, affecté à l’armée d’Italie, Bonaparte repasse par Lyon, puis en mai 1798 pour rejoindre l’armée d’Egypte. A son retour d’Egypte en octobre 1798, il est accueilli en héros par les Lyonnais qui voient en lui celui qui peut remettre de l’ordre dans le pays. Il revient en tant que premier consul en juin 1800. Un passage d’autant plus remarqué puisque c’est lui qui pose la première pierre pour la reconstruction des immeubles de la place Bellecour détruits en 1793.
En janvier 1802, il séjourne à l’hôtel de ville pour la création de la République Cisalpine et pour se faire élire président de cette république (assemblée de la Consulta réunie à la chapelle de la Trinité). C’est Napoléon, empereur des français (proclamé le 18 mai 1804 et sacré le 2 décembre 1804), qui revient à Lyon en 1805 sur le trajet vers Milan pour y être couronné roi d’Italie. Il séjourne dans la ville avec toute la cour du 10 au 16 avril. Ce séjour aura de nombreuses retombées économiques et sociales pour la ville.
Le 30 décembre 1807, revenant d’Italie, il loge à l’hôtel de l’Europe sous le nom de « prince de Venise ». Après son abdication, il passe à Lyon, le 23 avril 1814, pour rejoindre l’île d’Elbe dont il est devenu le souverain.
Après le débarquement de Golfe-Juan, sur la route de Paris, il séjourne à Lyon du 10 au 13 mars 1815. La foule l’accueille avec enthousiasme à la Guillotière. A son départ, il prononce et fait placarder sur les murs de la ville la fameuse phrase « lyonnais je vous aime ».
Après ce rappel des rencontres avec les lyonnais, Ronald Zins explique avec précision tous les aspects du séjour de 1805 : les préparatifs, le protocole, qui accompagnait l’Empereur dans ses déplacements, qui recevait-il, quel était son emploi du temps, comment il était logé…
Après la proclamation du 18 mai 1804, le vice-président de la république italienne Melzi d’Eril fait voter par la Consulta le projet de transformation de la république italienne en monarchie héréditaire au profit de Napoléon. Après quelques tractations, Napoléon accepte la couronne d’Italie le 17 mars 1805.
Il projette de se rendre à Milan avec sa cour pour se faire couronner roi. L’Empereur décide qu’il s’arrêtera à Lyon du 10 au 16 avril 1805. L’Empereur qui avait déjà entrepris de relever Lyon de ses ruines, veut relancer son économie et assurer son rayonnement.
Depuis la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), Lyon a trois mairies, celle du Nord, celle du Midi et celle de l’Ouest. Dès la décision du voyage, le préfet informe les trois maires pour qu’ils organisent les honneurs militaires selon le décret impérial du 24 messidor an XII (13 juillet 1804). Les maires proposent la formation d’une garde d’honneur formée de volontaires. La proposition est acceptée par le Préfet. Les volontaires s’équipent à leurs frais. Ils sont commandés par le conseiller municipal Dacier de Lachassagne. Le décret stipulant que les magistrats doivent présenter les clés de la ville à l’Empereur, il est décidé de faire réaliser trois clés. Elles sont modelées par le sculpteur Joseph Chinard, ciselées par l’orfèvre Antoine Saulnier.
De nombreux travaux de nettoyage sont lancés dans la ville pour que son aspect honore les souverains. Lyon devient un immense chantier. Pour consacrer le souvenir de la venue des souverains, la promenade du pont de la Guillotière à la barrière de Perrache est nommée « Cours Napoléon », le jardin botanique de la Déserte devient « le jardin de l’Impératrice ». Pour accueillir les souverains, un arc de triomphe est édifié dans le faubourg de Saint Clair, œuvre de Joseph Chinard.
Un incendie ayant détruit l’Hôtel de Ville en 1803, les souverains logent à l’Archevêché chez le cardinal Fesch, oncle de l’Empereur. Mais c’est aussi un symbole séculaire car avant lui de nombreux souverains y ont séjourné. L’archevêché est aménagé, des meubles et tissus sont commandés.
Le 10 avril 1805, vers 15 heures, Napoléon et Joséphine sont accueillis à Saint Clair par les autorités de la Ville, la garde d’honneur et la foule. Ils sont accompagnés par la garde impériale, des maréchaux, des ministres et la cour. La foule crie « Vive l’Empereur, Vive l’Impératrice ». Les maires remettent les clés de la ville. Les souverains se rendent à l’archevêché. Dans la soirée la ville est illuminée et un feu d’artifice est tiré sur la Saône.
Le 11 avril, jeudi saint, Napoléon et Joséphine entendent la messe à onze heures à l’archevêché, puis à midi reçoivent en audience tous les fonctionnaires publics. L’Empereur reçoit chaque députation avec une aménité qui favorise la franchise. L’audience lui permet de s’informer en détail de la situation de la ville. Napoléon a écouté debout ses interlocuteurs et quand on lui propose de se reposer sur un trône qui avait été préparé, il répond « J’aime à voir de près les Lyonnais ; mon véritable trône est dans leurs cœurs ».
Le vendredi saint, 12 avril, Napoléon sort dès 6 heures à cheval accompagné par quelques officiers. Il visite le chantier du pont Tilsit, puis parcourt la presqu’île vers Perrache, constate qu’il faut remblayer, assainir et aménager ce lieu qu’il trouve magnifique. Puis, traversant le Rhône par le pont de la Guillotière, il parcourt les Brotteaux, constate le besoin de renforcer les digues. Retraversant le Rhône par le pont Morand, il se rend à Saint Clair et à la Croix Rousse. A neuf heures, il accorde une audience aux sociétés savantes. Le député Rieussec suggère la construction d’un palais impérial à Lyon. Le soir il y a cercle chez l’Impératrice qui réunit la haute société lyonnaise.
Le samedi 13 avril, Napoléon travaille toute la matinée avec ses ministres. A treize heures en compagnie de Joséphine et de la cour, il se rend à l’ancienne abbaye Saint Pierre pour visiter une exposition consacrée au commerce et aux arts. Le soir, les sociétés de bienfaisances et les sociétés d’agriculture (l’Impératrice a fait don de plantes exotiques rares) sont reçues par l’Impératrice.
Au matin du dimanche 14 avril, jour de Pâques, Napoléon reçoit divers fonctionnaires publics. A midi, les souverains se rendent à la primatiale Saint Jean pour assister à la messe célébrée par le cardinal Fesch. Dans l’après-midi ce sont de nouvelles audiences de fonctionnaires. Le soir la ville reçoit ses hôtes au Grand Théâtre où est exécutée une cantate intitulée « Le Songe d’Ossian » composée à la gloire de l’Empereur par Etienne Jay pour la musique et Aimé Martin pour les paroles.
Le lundi 15 est prévue une fête à l’Ile Barbe. Le couple impérial devait s’y rendre en gondole. Mais le temps étant pluvieux, il renonce à son projet. Napoléon travaille à l’archevêché et reçoit dans la soirée le préfet, le commissaire de police et les trois maires pour faire le point.
Le mardi 16 avril, la cour s’apprête à quitter Lyon. Dès six heures, Napoléon reçoit à nouveau les maires et s’entretient avec eux sur tout ce qui peut intéresser la prospérité de la cité. La foule rend un dernier hommage à l’Empereur qui traverse le pont de la Guillotière en route vers son royaume d’Italie.
Le séjour de l’Empereur et de sa cour a coûté 210 000 francs (quelques 600 000 €). Si la dépense parait énorme, c’est en fait un bon investissement pour la municipalité : création de la condition des soies, de la halle au blés, projet de conseil des Prudhommes qui va améliorer les relations au sein de la Fabrique (18 mars 1806), reconstruction du pont Serin, remblai du lit du Rhône à Perrache pour l’assainissement de la presqu’île, commandes à la Fabrique de tissus pour Versailles.
S’étant forgé une opinion d’ensemble, Napoléon a pris les décisions qui s’imposent pour réhausser le prestige de Lyon, améliorer la vie des Lyonnais et faire de la cité un centre de rayonnement religieux, politique, économique et artistique. Malheureusement pour la ville, le palais impérial ne verra pas le jour.
Roland Racine