En balan
" Le chargement est en balan, il pourrait bien tomber. Pour cet achat, il ne sait que faire, il est en balan "
Le mot balan est surtout employé dans la locution verbale être en balan qui signifie « être en équilibre instable (en parlant d’une chose) », « être dans l’incertitude ou l’expectative (en parlant d’une personne) ».
Ces locutions ont été relevées à Lyon, dans le Lyonnais et le Beaujolais, mais aussi dans l’ensemble de la région Rhône-Alpes où a également été relevée la locution avoir du balan en parlant d’un objet (un chargement par exemple).
En Suisse romande est employée la locution être sur le balan, comme le montre l’exemple suivant extrait du Dictionnaire suisse romand (1997) : « Il est sur le balan, il ne sait pas s’il veut rester ici ou déménager ».
Dans Le Littré de la Grand’Côte (1894), Nizier du Puitspelu donne l’expression être en balan comme un miron(1) entre deux melettes (les melettes étaient les testicules de mouton que les tripiers de cette époque vendaient avec les tripes pour le plus grand régal des chats). Cette expression animalière, qui est encore employée dans les cercles de Guignol, est comparable à l’expression du français standard « être comme l’âne de Buridan » où l’âne en question symbolise l’indécision extrême(2) .
Ces locutions étaient autrefois bien vivantes à Lyon, car le puriste lyonnais Etienne Molard, qui voulait corriger le parler de ses contemporains, a écrit dans son Mauvais langage corrigé (1810) : « être en balan, dites être en balance, en suspens ».
Le sens premier du mot balan est « action de se balancer » (ex. « Une cloche qui prend le balan »).
Balan est le déverbal de balancer qui vient du latin bilanx, mot composé de bis « deux fois » et de lanx « plateau ».
- - Chat.
- - D’après une histoire symbolique attribuée au philosophe et logicien Jean Buridan (XIVe siècle) par une tradition orale, un âne très assoiffé et très affamé, à qui l’on apporte, en les plaçant près de lui à égale distance, un seau d’eau et une botte de foin, finit par mourir d’inanition, faute de choisir à temps par quoi commencer.
Vogue
La vogue est la fête foraine traditionnelle lyonnaise et un grand rendez-vous croix-roussien. Née il y a plus de 150 ans, elle est devenue une tradition lyonnaise au même titre que le marché, les traboules ou les bistrots authentiques
(site internet de la ville de Lyon)
Dans les villages, pour la vogue, les conscrits passent les brioches
(Vurpas-Michel)
En Lyonnais, comme dans toute la région Rhône-Alpes et une partie des départements voisins, on emploie le mot vogue avec le sens « fête patro-nale, fête du village, fête foraine ». Chaque village ou ville a sa vogue annuelle. Les Lyonnais connaissent bien la vogue de la Croix-Rousse, appelée « vogue des marrons », qui se tient en automne. Mais autrefois à Lyon il y avait plusieurs vogues qui étaient en lien avec les activités agricoles de l’époque, comme l’indiquent les deux extraits suivants de l’ouvrage d’Adolphe Vachet Glossaire des gones de Lyon (1907) :
« La vogue des choux, à Perrache, attire encore beaucoup de monde »,
« Les prés de la vogue, à la Guillotière, étaient jadis fort connus ».
Le mot vogue fait partie du français standard, mais dans le sens
« célébrité, faveur », et il est surtout employé dans la locution être en vogue « être à la mode ». Dans le sens « fête patronale, fête du village, fête foraine 1», vogue est un régionalisme sémantique.
Vogue vient du germa-nique *wogon « voguer, être balancé » avec, ici, une évolution sémantique particulière liée à la foule participant à la fête : « se déplacer par vagues »,
« affluer ». 
Le mot vogueur qui est encore parfois utilisé avec le sens « conscrit qui co-organise la fête » est un dérivé de vogue.
1 - Comme c’est le cas chez nous, cette fête porte un nom régional d’origine dialectale dans la plupart des autres régions de France et ce nom est très vivant : kilbe ou kirbe et messti dans le Nord-Est (Alsace et Moselle), ducasse dans le Nord,. assemblée ou frairie dans l’Ouest, vote (= vœu) ou fête votive dans le Sud, romérage dans le Sud-Est, reinage dans une partie du Massif Central.
Gouttière
On prétend qu’à Lyon, pour boucher une gouttière, le maçon prend une tuile un peu plus loin sur le toit - (Nizier du Puitspelu)
Le grand vent de la semaine dernière m’a fait des gouttières .. (Vurpas-Michel)
En français standard, comme l’indiquent les dictionnaires usuels, le mot gouttière désigne le canal ouvert qui reçoit les eaux de pluie à la base d’un toit. Chez nous, c’est le mot chéneau (souvent prononcé cheneau et employé au féminin) venant du latin canalis « tuyau, conduit d’eau » qui désigne cette réalité.
Dans notre région, comme dans le sud, le centre et l’est de la France, le mot gouttière désigne ordinairement un défaut du toit (fissure, trou, déplacement de tuile ou d’ardoise) laissant passer l’eau de pluie qui coule le plus souvent goutte à goutte. Le mot peut aussi désigner l’infiltration elle-même (ex. « Avec le gel une tuile a dû se fendre, il y a une gouttière au grenier »). Ce régionalisme sémantique (seul le sens est régional) est également employé en Suisse romande, comme le montre l’exemple suivant cité par le Dictionnaire suisse romand : « Et la gouttière de notre logement est-ce qu’on va la réparer ?…chaque fois qu’il pleut on a de l’eau dans la chambre et ma femme est obligée de mettre un seau ».
Gouttière peut également désigner toute infiltration anormale ne provenant pas du toit (ex. « Il y a une gouttière au plafond, il doit y avoir une fuite dans l’appartement en dessus »).
Le mot gouttière est un dérivé de goutte, venant du latin gutta. Comme, en général, l’eau s’écoule goutte après goutte, ce régionalisme est très motivé, ce qui explique sa grande vitalité.
Il faut savoir qu’en français standard gouttière a d’abord signifié « bord inférieur d’un toit d’où l’eau goutte quand il pleut » et que c’est par métonymie que gouttière a pris le sens de conduite fixée au bord du toit pour permettre l’écoulement des eaux de pluie. C’est ce premier sens, aujourd’hui disparu ou vieilli, qui explique la locution bien connue chat de gouttière « chat d’espèce commune ».
Bambanner
Mon bourgeois1, qui était un moraliste, disait qu’il valait mieux s’occuper honnêtement à boire que de perdre son temps à se bambanner sans rien faire (Nizier du Puitspelu),
Je bambanne dans mon lit le dimanche matin (Vurpas-Michel)
Employé intransitivement ou pronominalement, le verbe bambanner (écrit aussi bambaner) signifie « flâner, se promener sans but, bague- nauder, traîner» (cf. exemples ci-dessus). Ce mot est employé dans le Lyonnais, le Beaujolais et dans la partie centrale et occidentale de Rhône-Alpes.
Le déverbal bambanne, qui peut être employé au masculin ou au féminin, signifie « lambin, flâneur, indolent », comme le montre l’exemple suivant extrait du Dictionnaire du français régional du Beaujolais :
« Il n’est pas pressé, c’est un vrai bambanne ». Dans le sud de la région, il est aussi utilisé avec le sens « fêtard, qui aime boire » (ex. « Ces bambannes ont fait la fête toute la nuit »).
Le mot bambanne qui, comme le verbe correspondant bambanner, figure dans la plupart des recueils de lyonnaisismes, a été relevé pour la première fois au milieu du XVIIIe siècle par l’Angevin Gabriel-Joseph Du Pineau lors du séjour qu’il effectua à Lyon, mais avec un sens un peu différent puisque ce dernier a proposé la définition suivante : « Un grand bambanne : niais, George Dandin 2».
Bambanner et banbanne sont des formations onomatopéiques. Ils viennent du radical bamb- qui est aussi à l’origine des mots français bamboche (français familier) et bambin.
- Chef d’atelier (terme de canuserie).
- Un George Dandin (terme signalé comme vieilli par les dictionnaires français) est un mari trompé ridicule (d’après le nom du héros de la comédie-ballet de Molière George Dandin ou le mari confondu).