Cours de parler lyonnais

Le 25/04/2026 de 15:00 à 17:00

Ajouter au calendrier

UCLY - LYON Durée : 2 h

 

Le parler lyonnais... "le manger", cours du 21 mars

 

 

Dans les cuisines d'un des bouchons de la rue de Gadagne, à Saint-Jean, ça sentait la quindure chaude, la quenelle bien dorée et les embiernes en train de mijoter dans la tête de la cheffe.

À la piquette du jour, alors que le courant d’air chanin passait sous la porte, Guignol avait débaroulé, tout benouillé par une singotte, sa tavelle sous le bras, floquet de traviole, et son sourire de gone quêque peu caquenano.

— Mère Matefaim (bras croisés, sévère mais l’œil chenu) :

« Te v'là encore, Guignol ! À la piquette du jour, j’te dis d’être là, et toi tu débaroules que tantôt ! T’as encore brocanté quoi sur le chemin ? Qu'as tu bassouillé? »

— Guignol (se grattant la tête, à crapotons devant la casse) :

« Oh ben… j’ai voulu aider une fenotte avec son floquet pris dans les vorgines… et pi… j’ai glissé… et voilà…c'est tout »

— Bouffetout (séboyant de rire) :

« Ah ça, quand une fenotte passe par là, fouillaret ou pas, pour abouser, il abouse, not’ Guignol ! Rondo fait, bien fait ! »

La Mère Matefaim soupire, mais elle cigrole doucement Guignol du bout du torchon.

— « Écoute-moi bien, gone. Hier, t’as petafiné la pâte à bugnes. Avant-hier, t’as laissé des catons dans la béchamel. Et ce matin, regarde-moi ça ! »

Elle désigne une coquelle où une omelette s’y retrouve toute éclafoirée lamentablement.

« Même un cacou, t’arrives pas à le garder entier ! »

— Guignol (essayant de rebriquer, maladroit) :

« Mais cheffe… c’est que… la casse elle était un peu embugnée… et puis j’ai pitrogné trop fort peut-être… »

— Mère Matefaim :

« Pitrogner ? Tu pitrognes tout ! Tu trafiques, tu marpailles, tu dépillandes ! Et après t’es empégé comme un cayon qu'on pourrait y mettre dans un tupin ! »

Bouffetout, lui, chapote tranquillement des herbes sur la table.

— Bouffetout :

« Faut pas trop l’ablager non plus, M’man Matefaim. Le petit, il veut bien faire. Et puis ses régatons, moi je les trouve chenus ! »

— Mère Matefaim (levant les yeux au ciel) :

« Toi, Bouffetout, t’emboques tout ce qui passe ! Même un barboton reprochant, tu dirais que c’est une platelée de roi ! »

— Bouffetout (riant) :

« Faut bien se gondiveler un peu, non ? La vie, c’est pas que choisir la salade et fatiguer la salade ! Y a aussi la vogue, les papillotes, les bugnes… les friteurs»

Guignol, les yeux brillants, se redresse.

— Guignol :

« Oh ça oui ! Moi, je veux faire chanter les coquelles, comme… comme Paul Bocuse ! Faire des mâchons à regonfle, lui offrir tout un cuchon de papillotes (aux doux billets) pour ma Madelon… une chenuse fenotte, ma foi ! »

— Mère Matefaim (adoucissant la voix) :

« Ah, ta Madelon… ça te sansipote, hein… Mais pour ça, mon gone, faut arrêter de déprofiter la farine jaune et de laisser s’arraper les criques ! »

Elle lui met une casse dans la main.

— « Allez, montre-moi. Mets une braise de quindure, sur cette lichette, et pas tout un cuchon ! Et décatonne-moi cette pâte, pas de catons sinon…je te cigogne ! »

— Guignol (concentré, langue tirée) :

« Oui cheffe… rondo fait… bien fait… enfin j’espère… »

La pâte gicle un peu, une chavasse traîne par terre, et Guignol manque de se démangogner en voulant rattraper la casse.

— Bouffetout (plié en deux) :

« Il va finir par s’estrangouiller lui-même ! Et finir tout éclafoiré comme un cacou qui tombe mal»

— Mère Matefaim (essayant de rester sérieuse mais souriant) :

« T’es vraiment un dinde, mon pauvre. Une vraie bugne. Mais… »

Elle pose la main sur son épaule.

« T’as du cœur. Et ça, ça s’apprend pas dans les livres ni dans les bertes et encore moins avec les pécuniaux à regonfle»

Un silence s’installe, juste troublé par le barboton à qui on fait prendre le bou dans la coquelle sur le feu.

— « Écoute, Guignol… manquablement, tu feras encore des bêtises, des couaneries. Mais je crois bien que ta place… elle est pas seulement ici, dans les fonds de cuisine. »

— Guignol (intrigué) :

« Ah bon, cheffe ? »

— « Va donc voir M. Mourguet. Dans son beau castellet. Les pestacles… ça, c’est ton affaire. Avec ta tavelle et ton franc-parler… tu feras se dépatrouiller les gens de leurs embiernes mieux qu’avec mes quenelles, mes béatilles et mes criques. »

Bouffetout hoche la tête.

— Bouffetout :

« Et moi j’viendrai te voir ! Mais avant, tu me laisses une rôtie et un claqueret, hein ! »

Guignol sourit, un peu ébravagé, mais heureux.

— Guignol :

« À la revoyure, Mère Matefaim… merci de pas m’avoir envoyé aux pelosses… »

— Mère Matefaim (avec un clin d’œil) :

« File, gone. Et tâche de pas tomber à patacul en chemin ! »

Et tandis que Guignol sort déhors, le cœur léger contre les beaux jours, la cuisine reprend son brouhaha où chacun y japille de bon cœur.

Bouffetout chapote encore, Matefaim gongonne un peu… mais au fond, chacun sait qu’un bon gone, même dépontelé, trouve toujours sa scène… ou sa coquelle.

 

Publication d'un adhérent Fredh69 sur FACEBOOK les amis de Lyon et de Guignol

UCLY 23 PLACE CARNOT, 69002 LYON France