La dictée

La dictée du centenaire

Pour leur quinzième saison, les cours de parler lyonnais ont cette année encore, connu un franc succès avec plus de 160 « étudiants » assidus, et le dernier cours du 25 mai 2013, s’est terminé avec comme de bien s’accorde, la traditionnelle remise des diplômes gage d’assiduité.

Mais cette année a aussi été l’occasion de ‘’plancher’’ le 6 avril 2013, sur la reprise pour la seconde fois d’une Dictée lyonnaise dont voici le contenu:

RECEPTION D'UN PARFUMEUR DE VENISSIEUX

Du depuis deux heures d’affilée, au fin fond d’une cour de Vénissieux on se bougrassait attenant. Tout autour et en beau devant les chapis, se trouvaient  en ranche les fiacres à gandouse aque leurs chelus éclairés, manière de donner du jour dans la nuit.

A cha peu les gandous traboulaient de collagne et, entremi les citernes, restaient pique-plante. Au mitan de la cour une immense bareille pleine à regonfle de gandouse semblait présider cette si tant chenuse cérémonie. Il était minuit, d’une caborne sortit un gone tout benoni mais artet et nu comme un veson que s’ensauverait, tout ébravagé d’une rigotte.

Une fois le sicottis arrête, notre grand gognand se mit tout contre la bareille. Au passage d’un vent foliaret des odeurs délicates pénétrèrent dans le picou des participants. Au signal du chef, un raboulaud coiffé d’un bugne napoléonien et tenant une épée, notre gone entra en matière. D’une mogne telle celle-là même d’un jouteur, il empoigna le rebord des douelles , se hissa et glissa ses deux canilles, son embuni, ses agotiaux jusqu’à ce que la précieuse bassouille lui arriva à ras le cotivet.

Puis, d’en-haut d’un matru tabagnon fait d’un gros gadin, le chef leva son épée et bajafla son patrigot. Le silence était tel qu’on aurait pu entendre se vider un thomas. Blanc comme un claqueret le gone écoutait, tandis que les musiciens sigrolaient leurs instruments et jouait l’hymne des parfumeurs : pon-pon, pon-pon!

Puis tout en faisant virer comme une fiarde son épée, le chef gandou lui demanda: « Jures-tu d’observer les règlements de tes frères d’armes? » et le gone rebriqua d’une voix franc comme si on l’estrangouillait: « oui! ».

« Alors, au nom de nos aieux, je te fais chevalier ». Il était après dire quand l ‘épée en sifflant rasa la bareille. Elle ne rencontra que le vide car, le gone s’était à la galope, capié franc à cacaboson dans la gandouse… Enfin il refit surface tout empégé.

Pas entrepris chaque gandou lui fit peter la miaille tout en lui faisant cinq sous: les gandousiers comptaient un gone de plus.

La première dictée

En 2011, l'idée de la Dictée Lyonnaise est remise à l'ordre du jour. Elle s'est déroulée le samedi 19 février à l'amphithéâtre de l'Institut Gardette.

La Confrérie de Gnafron a participé à cet évènement, ainsi que Louis David et Jean-Baptiste Martin. Une centaine de personnes ont répondu présentes à cette manifestation.
Ce sont trois lecteurs qui se sont répartis la tâche de lecture et de correction : Gérard Truchet, Louis David et Jean-Baptiste Martin. Mais personne n'a fait zéro fautes !
La coupe a toutefois été remise à un auditeur d'origine espagnole qui suit depuis 3 ans les cours de parler lyonnais.

Ci-dessous le contenu de la première dictée:

LA BAMBANE DE GUIGNOL

Guignol se lentibardanait dans le quartier de Montrochet où tout un cuchon de poutrones ne demandaient qu’à travayer contre de pécuniaux. Elles ne fesaient pas dans les draps mais elles bouliguaient dans la dentelle… Bien que Guignol vînt de s’assire sur une cadette, y tirait peine et se montrait comme un miron entre deux melettes, sans dire quoi ni qu’est-ce. Eût-il fallu pour autant l’ablager, lui tomber sur le casaquin et barjaquer : « C’est un bras-neuf que semble mêmement même une pierre qu’arrape ? » Pas le moins du monde ! D’ailleurs le monde vous le bajafleront : « Guignol est un gone démenet, l’agnolet escarabillé pour mieux aguincher. »

Ce tantôt, c’est bien canant pour lui d’aviser, à cha peu et à cha une, les chelus éclairés dans de fourgons arrêtes sur deux ranches, à proximité de l’ancienne Poste toute dépontelée. Confronté à cette luisance ou ce culuit, la même que la nuit du huit décembre, on le voit alors en pleine rêvation… Mais le vaganay commence à lui chauffer le cotivet. Y tâche moyen de réajuster sa chavasse terminée par un salsifis que pendrille.

Tout par un coup, pris par une envie pressante, il va au-devant par derrière. Y sort ses natures au beau mitan, rapport qu’y a pas d’écommuns dans ce petit coin proche des Confluences… Que voulez-vous, y panche d’eau ! Certaines fenottes, qu’il ne connaît ni des lèvres ni des dents, ne manquent pas la traille et font marcher franc le batillon quand elles l’apinchent. En bon canut, il rejoint la pointicelle et les roquets…

A la coite, comme s’il vient de bicher la vasivite, Chignol prend ses fumerons à son cou. Vrai de vrai, il a la courate à tel point qu’il se décabane à la galope ! Ses canilles l’emmènent en beau devant l’ateyer d’un péju, bien artet. En levant le coqueluchon, Gnafron soigne venir Guignol. Pour se rapapilloter, nos compères prennent un bon peu de gratons et se rincent le corgnolon de course acque un pot de brouilly, ce régalant cru de Borjolais. Mais y faut ben une réfection de dessous le nez pour que chacun termine la journée, l’ambuni tout gonfle. De quoi tenir tati comme de bien s’accorde.